Récit Ultra Tour du Beaufortain.

Très difficile de commencer un tel compte-rendu tant les images de ce week-end me reviennent en tête complètement en vrac…  faisons classique et procédons par ordre chronologique.

Donc, vendredi 16 juillet 2010 12h54, départ en TGV pour Lyon avec Olivier. Une pensée pour Nono qui n’a pas pu nous accompagner pour raison personnelle. Arrivés sur place, nous passons au Décathlon de la Part-Dieu pour compléter notre matériel pour le lendemain. N’ayant plus de transport vers Queige, nous avons opté pour le covoiturage via le site de l’organisation et vers 18h nous rencontrons donc Jocelyn, un très sympathique participant qui nous avait gentiment proposé de nous emmener vers Queige.

Un peu moins de deux heures de route et nous voilà face à la remise des dossards située près du plan d’eau. On peut déjà sentir la bonne humeur de l’organisation. Le contrôle du matériel obligatoire peut se faire dès maintenant, autant en profiter afin de gagner quelques minutes de sommeil plus tard…

Le gîte où nous séjournons se trouve à 200m du départ, nous faisons sur place la connaissance de quelques participants venant d’un peu partout en France (Bretagne, Lille, Nice etc.), mais l’heure est à la préparation du traditionnelle plat de pâtes. Une fois ces dernières enfournées, direction la chambre, préparation de l’équipement, douche et au lit! Il est 22h30… Moins de 5h plus tard, le réveil sonne, pour ma part je n’ai dormi que par fragments, le temps de s’habiller, de rejoindre la ligne de départ et de passer le point de contrôle il est environ 3h50.

J’ai un peu la pression avant ce premier ultra, une petite boule au ventre même. La ligne de départ est délimitée de chaque cotés par des flambeaux, la musique retentit et le coup de départ est donné. Superbe impression de débuter une course à la frontale en pleine nuit! C’est parti pour 103kms et 5850m D+.

Mais pas le temps de vraiment flâner, à peine 500m de couru que déjà les premières pentes du Col de la Roche Pourrie se présentent. C’est par le tracé du Sentier du Tour du Beaufortain que l’ascension s’effectue, à signaler quelques passages raides sinon le terrain n’est pas extrêmement technique et la montée s’effectue à train soutenu mais pas trop vite non plus pour ne pas se mettre dans le rouge. Je dois être situé dans les cent premiers et déjà je peux constater que je suis l’un des seuls à ne pas porter de bâtons. Le challenge pour ce début de course est d’ailleurs de les éviter. Je ne peux malheureusement pas éviter de marcher sur l’extrémité du bâton d’un coureur se trouvant devant moi, je m’excuse alors que ce dernier est obligé de le ramasser par terre.

Peu avant le sommet le jour pointe de l’œil, il fait un peu plus frais mais la température est bonne pour une course de montagne. J’éteins ma frontale peu avant 6h, nous sommes à environs 2050m d’altitude. Avec Olivier, nous avons globalement monté sur le même rythme. Les jambes vont plutôt bien, j’ai juste un gros mal de ventre qui finalement passera quelques dizaines de minutes plus tard. Aux environs du 12ème kilomètres alors que nous traversons les alpages des Hauts de Tour, je ressens comme une déchirure à l’avant de la cuisse gauche. Je continue un peu mais je sens l’abandon tant la douleur me semble trop forte pour continuer. Olivier m’encourage mais je lui dis que je crains l’abandon et lui demande donc de passer et de ne pas m’attendre. J’ai le moral à zéro, je marche tant bien que mal vers le ravitaillement pour déjà rendre mon dossard, je me fais doubler par beaucoup de monde, je croise même des concurrents du gîte où nous séjournons qui m’interrogent me voyant à la peine. Je décide de m’arrêter et d’étirer progressivement ma cuisse, ça me fait du bien, et la pente s’étant aplanit, ma cuisse tape moins ce qui n’augmente pas trop la douleur. Sur les montées je remarque que la douleur n’est pas trop importante, c’est bien uniquement le plat et surtout la descente qui me gênent vraiment. J’arrive enfin au premier ravitaillement au refuge des Arolles(1900m) au 17ème km.

Je me dis que je ne peux pas abandonner si tôt pour ma première expérience sur ultra… je me ravitaille, étire une nouvelle fois ma cuisse et annonce à Olivier que je continue sans pour autant être certain d’aller au bout. Je passe en mode « étape » et la prochaine est d’atteindre le second ravitaillement au 34ème kilomètre.


Le paysage d’alpage continue donc, le relief ménage par la même ma cuisse, on passe à travers quelques ruisseaux avec tout autour un superbe panorama. Olivier est derrière moi, peu à peu je le perds de vue, mais je n’ai pas trop d’inquiétude sur le moment me disant qu’il me rejoindra certainement au prochain ravito. Une fois passé le chalet de Rognoux, une descente technique se présente à travers une forêt de conifères pour atteindre le barrage du lac de St Guérin (alt:1557 m). La descente présente quelques racines d’arbre piégeuses mais rien de très méchant.

Le chemin de type 4×4 me fait du bien après la descente que j’ai presque fait sur une seule jambe, la traversé du barrage est grandiose, le bleu de l’eau du lac est superbe. La piste continue ensuite sur un sentier plus étroit qui marque le début de l’ascension du Cormet d’Arêches. Je n’ai déjà plus trop de jambes dans cette partie, je manque vraiment de rythme et attends le prochain ravito avec impatience. Ce dernier apparait enfin après 34kms de course, le coca me fait un bien fou, j’essaie également d’avaler quelques aliments salés (biscuits apéritifs surtout). Je redémarre requinqué sachant que le prochain ravito est dans moins de 10 kms (le mode « étape » comme toujours). Devant moi le Col du Coin se présente, pas de grosse difficulté, une montée au train qui nous amène à 2398m d’altitude. Ensuite le passage aux abords du lac d’Amour est une nouvelle fois splendide, le terrain est assez technique avec un sol emplit de gros cailloux, mais ce n’est rien comparé au programme des réjouissances avec en premier le col à Tutu qui comporte pour moi les parties d’ascensions les plus difficiles à franchir de tout le parcours. Je suis par moment même obligé de m’y prendre à quatre pattes pour m’avancer tant la pente était forte. Pratiquement à chaque sommet une équipe de contrôle est présente pour souffler un petit mot aux coureurs, ça fait du bien. La descente est ensuite très courte et débute par une partie très raide où une corde de rappel est placée. Ensuite c’est le col de Bresson puis le troisième ravitaillement au Refuge de Presset.

J’en profite pour m’asseoir un peu à la terrasse du chalet et prends par la même occasion une soupe, quelques tranches de pomme et un peu de coca. Je m’attarde une nouvelle fois quelques minutes et repars attaquer le point culminant de la course : le col du Grand Font (2671m), les pentes sont une nouvelle fois très dures et les passages dans la neige sont très piégeants surtout sans bâtons pour s’appuyer. Arrivées en haut on bascule sur la gauche pour entamer la descente près de la Brèche de Parozan qui s’avère extrêmement difficile, de mémoire il y avait pas moins de 3 bénévoles tout au long de cette dernière tant la pente était forte et surtout le terrain très dur (cailloux, poussière), c’est une véritable descente-dérapage. Peu après la pente s’adoucit et laisse apparaitre le magnifique lac de Roseland sur la gauche.

Le sentier redevient herbeux et le ravitaillement de mi-course à Plan Mya (1880m) arrive, on m’annonce à la 50ème position. A mi-course, je suis facile physiquement d’autant plus que je fais les descentes au ralenti en raison de ce maudit problème musculaire. Je m’arrête environ 20min, le temps de changer de chaussettes, passer de la pommade anti-frottement, remettre des pansements et surtout masser avec de l’anti-inflammatoire ma cuisse gauche! Je change également de t-shirt et me recharge en gel et barre énergétique. Je demande à une bénévole qui s’occupe du pointage des nouvelles d’Olivier mais elle peut juste m’annoncer qu’il n’est pas encore passé à ce point de contrôle. Avec aucune assistance pour m’aider j’ai l’impression de m’éterniser, d’ailleurs pas mal de concurrents me passent! Je repars enfin après avoir avaler une soupe et manger un peu de salé. Les jambes sont bien entendu un peu dures en raison de la longueur de l’arrêt.

Le prochain ravitaillement se trouve dans un peu moins de 20 bornes, ça va être long, d’autant que derrière on réattaque direct par le col des Sauces(2307m). Je suis toujours bien dans les ascensions, je rattrape même quelques concurrents bien que je me trompe plusieurs fois de chemins et perd donc du temps à rebrousser chemin. Je croise un concurrent pas trop bien en train de vomir sur le coté, je lui demande si ça va, il me fait signe d’y aller. Au niveau du sentier de la crête des Gîtes, le brouillard se lève, il commence même à faire un peu froid. Je croise beaucoup de randonneurs qui ont toujours un mot gentil à l’attention des coureurs. Les sentiers aériens sont impressionnants par moment, un pas sur le coté et c’est la chute en contrebas direct.

La descente vers le Col du Bonhome est très caillouteuse et c’est toujours d’autant plus frustrant que ma cuisse me tire toujours donc je descends au frein à main. Je discute avec un sympathique participant suisse qui a des problèmes musculaires aux jambes, il est néanmoins beaucoup plus rapide que moi en descente et me prends plusieurs centaines de mètres jusqu’au col de la Fenêtre. La vue est impressionnante au bas de l’ascension, la pente semble trèz raide et le sentier pas mal accidenté surtout sur la fin. J’aperçois de mémoire 5 coureurs, je reprends assez vite mon compagnon Suisse et reprends également du terrain sur deux autres traileurs, je suis bien dans ce col, et arrive au sommet(2245m) assez frais. En haut, je me dis que les principales difficultés sont passées et que ça devrait être pas mal roulant dorénavant, le hic c’est que mon allure n’est pas terrible sur le plat. Après un passage pas trop compliqué pour atteindre le sommet du Col de Joly (1989m) se profile enfin le 5ème ravitaillement. Le brouillard est de plus en plus dense et je demande fréquemment mon chemin à plusieurs randonneurs. Les points roses de balisage sont en effet parfois difficiles à apercevoir. Au ravitaillement je retrouve plusieurs concurrents, peu de personnes sourient, la fatigue commence à se faire sentir. Sur le talkie-walkie d’un bénévole on annonce l’arrivée du 2ème. Ca met un coup au moral de savoir qu’il nous reste plus de 30kms alors que les premiers sont déjà arrivés à Queige.

Un concurrent me demande comment ça va, je lui dis que moralement ce n’est pas trop ça, il trouve pourtant que j’ai bien remonté depuis Plan Mya car il m’avait vu arrêté sur ce ravito, je lui dis donc que j’ai perdu pas mal de temps à me changer. Après avoir rechargé une nouvelle fois la poche à eau et bu une soupe, on repart ensemble pendant un bon bout de chemin. Ca fait du bien de discuter avec quelqu’un, il m’apprend qu’il habite à moins d’une heure de Queige et que c’est également son premier ultra, on doit être du même âge. Les bourrasques de vent redoublent par moment et j’enfile un vêtement manche longue car la fraicheur se fait sentir. Il y près de 20 kms entre le Col Joly et les Saisies, les premiers 10kms sont roulants, la suite juste quelques bosses comme le Col du Very (1962m). Le brouillard se lève un peu par moment et on aperçoit le panorama. On rejoint enfin une piste 4×4 peu après le mont Clocher, mon compagnon est moins bien, il a du mal à courir sur le plat, je lui demande si il s’est alimenté et me répond négativement. Je ralentis un peu pour l’attendre et lui dit que ça va revenir, mais finalement sans m’en rendre compte je le lâche peu de temps après. Le parcours redevient assez plat puis les paysages laissent apparaitre des chalets, un peu le retour à la civilisation, c’est en effet Les Saisies et le dernier ravitaillement (88,5km). Plusieurs concurrents sont déjà en train de se ravitailler, personnellement j’ai un peu hâte d’en finir, donc je ravitaille en quelques minutes et repars dans le brouillard attaquer les 15 derniers kilomètres. J’en profite également pour appeler Olivier afin de prendre de ses nouvelles, ce dernier est au restaurant, il a malheureusement abandonné à Plan Mya.

A la sortie des Saisies je me trompe de chemin (je ne serai pas le seul dans ce cas apparemment), et fort heureusement une passante m’indique le bon chemin et je reviens donc une nouvelle fois sur mes pas. Aux abords du téléski des Gentianes, le balisage est de plus en plus difficile à trouver, le brouillard n’est pas là pour arranger les choses. Ca monte pas mal jusqu’au Signal de Bisanne (1941m), mais je suis en mode fin de course et ne pense qu’à l’arrivée, j’avance véritablement au mental. Alors que je pensais attaquer la dernière descente vers Queige, je vois que le parcours nous fait une nouvelle fois grimper!! Heureusement pas trop longtemps, en haut, au point de contrôle, on m’annonce environs 1h de descente avant l’arrivée je réponds que ça tombe bien on m’a dit la même chose il y a 20 minutes!

J’attaque enfin la dernière descente vers Queige, le parcours n’est pas trop technique, quelques racines d’arbres et autres cailloux à éviter. Par contre que c’est long! En effet plus de 1000m D- ! J’avance pas trop mal, mais c’est sentiers sur sentiers qui n’en finissent pas. L’obscurité avance surtout sous les sapins et environ à la moitié de la descente, j’allume ma frontale afin d’être certain de ne pas louper de balisage. Le long sentier forestier débouche enfin sur du goudron et j’aperçois le village de Queige, depuis quelques minutes j’entends le speaker d’arrivée. Je pensais que le parcours allait être assez direct vers le plan d’eau de Queige mais on nous fait passer par des allées et des jardins d’habitation! J’ai globalement trouvé ce finale assez inutile. Enfin j’aperçois au loin l’arrivée, un dernier passage souterrain pour traverser la route, je débouche à l’abord du stade de foot, pour ensuite une (nouvelle) fois réemprunter un petit passage forestier, j’entends du monde crier. Je passe à coté d’un bénévole qui annonce « le 60 à l’arrivée » sur son talkie-walkie. Enfin à travers une allée de flambeau je franchis la ligne d’arrivée sous les commentaires du speaker!! 18h23min et 39ème position, le soulagement et le bonheur d’en finir.

Direction le ravitaillement, une petite soupe et un peu d’eau pétillante, je ne me sens pas faire un gros repas. On discute pas mal entre coureurs. Je retrouve environ 15min après le montagnard qui m’avait accompagné pas mal de temps après le ravitaillement du 69ème kilomètres, on parle un petit moment mais j’ai hâte de me doucher. Je récupère mon sac laissé à Plan Mya et direction le gîte. Sur le chemin une voiture de spectateur me propose gentiment de me reconduire, me voyant marcher un peu comme un canard mais bon 200m je peux encore les faire! Olivier est déjà dans la chambre, apparemment tout va bien pour lui et tant mieux, j’avais peur de la blessure. Voilà, une fois douché je m’installe péniblement au lit pour une nuit de sommeil mérité même si j’ai un peu de mal à m’endormir.

Au final une première expérience d’ultra trail qui m’a fait comprendre pas mal de choses surtout au niveau matériel, où je pense que je vais abandonner la poche à eau dans dans le dos car j’ai eu trop de douleur au niveau du cou et des épaules. Les bâtons ne sont apparemment pas du luxe, pas moins de 3 concurrents ont été surpris de me voir sans. En ce qui concerne ma gestion de course, pour une première ce n’était pas trop mal, l’objectif étant avant tout de finir. J’ai très certainement besoin de plus d’entrainement car avec seulement 2 à 3 sorties longues (maximum 3h) c’est trop peu, je pense que j’aurais pu courir plus et aller à meilleur allure surtout sur la seconde partie du parcours plus roulante. Ma vraie déception vient de ma cuisse gauche qui m’a empêché de prendre les descentes comme je l’aurai voulu mais d’un autre coté je me dis que cela m’a peut être préservé.

En tout cas merci à l’ensemble des bénévoles, François Camoin l’organisateur de la course, toute les personnes qui ont encouragé les coureurs le long du parcours, Olivier pour l’organisation du weekend ainsi qu’à ses parents et enfin une nouvelle fois à Jocelyn pour son covoiturage.

Ce trail était vraiment magnifique à faire, la prochaine fois je trouverai un meilleurs accès à mon appareil photo pour partager un peu mieux mon récit.

Ultra Tour du Beaufortain (M-3)

Après quelques hésitations quand au choix de l’épreuve, finalement nous avons opté pour l’Ultra Tour du Beaufortain le samedi 17 Juillet 2010, course qualificative pour l’UTMB (3pts).

Au programme des réjouissances, 103 kms et près de 5850m D+ !

 

Le départ de la course aura lieu depuis la commune de Queige en plein coeur de la Savoie à 4h du matin le 17 juillet. Une belle épreuve et un sacré défi en perspective! Le profil de la course: 

 

 Toute les infos du parcours et de l’organisation sur le site web de la course: http://www.ultratour-beaufortain.fr/